Un outil de performance… mais pas neutre
Souvent présenté comme une solution pour réduire l’empreinte carbone des entreprises, le numérique est à double tranchant. S’il permet d’éviter de nombreux impacts environnementaux (déplacements, impressions, surproduction…), il génère aussi ses propres externalités, souvent méconnues.
Selon l’ADEME, le numérique représente déjà 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, un chiffre en constante progression, qui pourrait atteindre 7 % d’ici 2040. Ce poids pourrait encore s’accroître avec le développement accéléré de l’intelligence artificielle, dont l’entraînement des modèles nécessite des capacités de calcul extrêmement énergivores.
1. Un numérique efficient : un atout pour les PME engagées
Bien maîtrisé, le numérique offre de réels bénéfices pour les organisations. Il améliore la performance, la traçabilité, la gestion des données, et favorise de nouvelles formes de collaboration. Dans les PME, certains outils sont aujourd’hui indispensables pour rester compétitif tout en limitant les impacts :
- Les systèmes de gestion documentaire (GED) réduisent la consommation de papier.
- Les logiciels de CRM ou ERP permettent d’optimiser la gestion commerciale, logistique ou financière, en limitant les doublons et les erreurs.
- Le télétravail ou la formation à distance diminuent les déplacements et facilitent l’inclusion des collaborateurs.
Dans ce cadre, le numérique devient un levier puissant d’efficience opérationnelle. À condition de ne pas verser dans le « solutionnisme technologique », où l’innovation est recherchée pour elle-même, sans évaluation de son utilité réelle.
Les gains peuvent aussi être environnementaux : la chaleur fatale des data centers est aujourd’hui valorisée pour chauffer des bâtiments, et les techniques de refroidissement passif progressent. Mais ces avancées restent concentrées chez les grands acteurs. Côté PME, la sobriété passe d’abord par une meilleure gouvernance des usages.
2. L’envers du décor : impacts matériels, sociaux et éthiques
L’impact du numérique ne réside pas uniquement dans l’énergie consommée, mais surtout dans la fabrication des équipements. Selon l’ADEME, 80 % de l’empreinte environnementale d’un appareil numérique est générée lors de sa production.
Un seul smartphone nécessite 200 kg de matières premières, 1 500 litres d’eau et mobilise plus de 70 matériaux, dont une grande partie de métaux rares issus de zones géopolitiquement instables ou soumis à des processus d’extraction polluants.
Par ailleurs, l’usage croissant du numérique pose des questions sociales et éthiques :
- 13 millions de Français restent en situation d’illectronisme.
- Seules 25 % des personnes employées dans le secteur numérique sont des femmes, et elles y occupent rarement les postes à responsabilité.
- Les atteintes à la vie privée se multiplient, notamment avec la généralisation des outils d’IA générative, qui collectent massivement des données d’entraînement.
- La surcharge cognitive devient un risque psychosocial : en moyenne, un cadre consacre plus de 5 heures par jour à sa messagerie électronique.
Le numérique responsable ne saurait donc se limiter à des aspects techniques. Il interroge les conditions de production, d’usage, d’accessibilité et de gouvernance.
3. Vers une stratégie numérique responsable : les leviers d’action concrets
Pour une entreprise engagée dans une démarche RSE, la première étape consiste à reprendre la main sur ses usages numériques. Cela suppose d’agir à trois niveaux : à l’achat, pendant l’usage, et à la fin de vie des équipements.
À l’achat :
- Privilégier les équipements reconditionnés ou à haute réparabilité.
- Rechercher les labels environnementaux (TCO, EPEAT, Energy Star).
- Allonger la durée de garantie et mutualiser certains équipements peu utilisés.
Pendant l’usage :
- Nettoyer régulièrement les fichiers, dossiers et bases de données (notamment les pièces jointes lourdes et doublons).
- Former les équipes à la sobriété numérique (gestion des mails, usage des logiciels, bonnes pratiques de visioconférence).
- Réduire la consommation énergétique (extinction des postes, paramétrage des écrans…).
- Assurer l’accessibilité des outils et encourager la diversité dans les recrutements numériques.
En fin de vie :
- Mettre en place des filières de collecte interne.
- Travailler avec des acteurs locaux du réemploi ou du recyclage.
- Anticiper la gestion des anciens matériels avant les renouvellements.
Une règle simple peut guider les achats et projets numériques : la règle des « 3 U »
- Est-ce utile à l’activité ?
- Sera-t-il utilisé pleinement ?
- Est-il utilisable par toutes et tous (y compris les personnes en situation de handicap) ?
Concilier transformation digitale et sobriété
Le numérique responsable n’est pas une injonction de plus, mais un levier de transformation aligné sur les enjeux RSE. Il s’agit de repenser les usages pour allier innovation et sobriété, performance et inclusion.
Ce changement de culture est à la portée des PME, à condition d’être guidé par une approche structurée, informée et alignée avec les réalités du terrain.
Envie d’agir concrètement ?
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